Santé et bien-être du chien

Tiques et piroplasmose : protéger son chien de traction pendant la saison des sorties

Tiques et piroplasmose : protéger son chien de traction pendant la saison des sorties

L’automne est la grande saison du mushing sans neige : les températures baissent et les sorties de canicross ou de cani-kart s’enchaînent sur les chemins forestiers. C’est aussi, dans une bonne partie de la France, l’une des deux périodes où les tiques responsables de la piroplasmose sont les plus actives. Un chien qui traverse chaque semaine des sous-bois, des lisières et des hautes herbes y est particulièrement exposé. La bonne nouvelle : avec une prévention adaptée, une inspection systématique et un œil attentif aux premiers signes, le risque se gère très bien.

Pourquoi le chien sportif est en première ligne

La tique ne saute pas et ne vole pas : elle attend, accrochée à une herbe ou un buisson bas, qu’un animal la frôle. Un chien qui court au bord des sentiers, coupe à travers les fougères ou se pose dans l’herbe haute multiplie ces contacts.

Le pelage dense des races nordiques complique encore les choses. Sur un husky ou un malamute, une tique fraîchement fixée disparaît sous le sous-poil et peut passer inaperçue plusieurs jours, alors que sur un chien à poil ras, on la sent souvent sous la main.

Le printemps et l’automne, périodes clés

La tique qui transmet la principale forme de piroplasmose en France, Dermacentor reticulatus, est surtout active au printemps et à l’automne. Elle supporte bien la fraîcheur : un automne doux ou un hiver clément peuvent prolonger sa période d’activité. Autrement dit, ce n’est pas parce que l’été est fini que la vigilance peut retomber, bien au contraire. Dans le sud du pays, une autre tique, plus liée aux chenils et aux zones chaudes, peut aussi transmettre la maladie.

La piroplasmose en quelques mots

La piroplasmose, ou babésiose, est due à un parasite microscopique (du genre Babesia) que la tique injecte dans le sang du chien au cours de son repas. Le parasite s’installe dans les globules rouges et les détruit. Il en résulte une anémie qui peut devenir grave en peu de temps.

La transmission n’est pas immédiate : elle demande en général que la tique reste fixée un certain temps, de l’ordre d’un à deux jours ou plus. C’est pour cela que l’inspection quotidienne et le retrait rapide des tiques sont si utiles.

Sans traitement, la maladie évolue rarement favorablement d’elle-même et peut mettre la vie du chien en danger. Traitée tôt par le vétérinaire, elle se soigne en revanche dans la majorité des cas.

Les signes à surveiller

Les premiers symptômes apparaissent le plus souvent une à trois semaines après la morsure. Ils ne sont pas toujours spectaculaires au début :

  • un chien abattu, sans entrain, qui reste couché ;
  • une perte d’appétit, parfois brutale chez un chien d’ordinaire gourmand ;
  • de la fièvre (le chien est chaud, respire plus vite au repos) ;
  • des urines foncées, brunes ou couleur café : c’est le signe le plus évocateur ;
  • des muqueuses pâles (gencives, intérieur des paupières), parfois jaunâtres ;
  • plus rarement, des vomissements ou une démarche hésitante.

Ces signes peuvent évoquer bien d’autres maladies, et seul le vétérinaire peut poser le diagnostic, en général par une analyse de sang. Mais leur association, quelques jours ou semaines après des sorties en zone à tiques, justifie de consulter sans attendre, y compris en urgence le week-end.

Ce que le sport change dans la détection

Pour un chien de traction, le premier indice est souvent sportif avant d’être médical. Le chien qui tire d’habitude comme un forcené et qui, ce jour-là, marche dans la ligne, ralentit sans raison, refuse de repartir après une pause ou halète de façon inhabituelle alors qu’il fait frais, vous envoie un message.

Le réflexe à adopter est simple : un chien qui manque d’entrain ne s’entraîne pas. On écourte la sortie, on rentre au pas, et on observe. Faire courir un chien qui commence une piroplasmose est une mauvaise idée : l’anémie réduit la capacité du sang à transporter l’oxygène, et l’effort aggrave une situation déjà fragile.

Les pauses pipi des sorties sont aussi une occasion discrète de jeter un œil à la couleur des urines, surtout si le chien vous semble un peu terne depuis quelques jours. Le contrôle d’après-sortie, que nous décrivons dans notre article sur l’échauffement et le retour au calme, est le moment idéal pour ajouter l’inspection des tiques à la routine.

Retirer une tique correctement

Après chaque sortie en forêt, passez les mains dans tout le pelage, à rebrousse-poil, en insistant sur les zones où les tiques aiment se fixer : tête, oreilles, cou, sous le harnais, aisselles, entre les doigts, ventre et entrejambe. Chez un nordique, un peigne aide à écarter le sous-poil.

Si vous en trouvez une :

  1. Utilisez un tire-tique, ce petit crochet vendu en pharmacie et en animalerie. La pince à épiler classique risque d’écraser la tique ou de laisser sa tête dans la peau.
  2. Glissez le crochet sous la tique, au ras de la peau.
  3. Tournez doucement, dans un sens, deux ou trois tours, en tirant légèrement vers le haut, jusqu’à ce que la tique se détache entière.
  4. Désinfectez la zone de la morsure.
  5. Notez la date : en cas de symptômes dans les semaines qui suivent, l’information sera utile au vétérinaire.

N’appliquez ni éther, ni alcool, ni huile sur la tique avant de la retirer. Ces « astuces » la stressent et peuvent la faire régurgiter, ce qui augmente le risque de transmission. Si le chien ne se laisse pas faire ou si une partie de la tique reste dans la peau et s’enflamme, demandez de l’aide à votre vétérinaire.

Prévenir plutôt que guérir

Les antiparasitaires externes

Pipettes, colliers ou comprimés n’ont ni la même durée d’action ni le même mode de fonctionnement, et certains conviennent mieux que d’autres à un chien qui court sous la pluie, se baigne ou porte souvent un harnais. Le choix se fait avec le vétérinaire, en fonction du chien, de sa région et de son mode de vie. Respectez surtout le rythme de renouvellement : une protection qui a expiré au cœur de l’automne ne protège plus rien.

La vaccination

Un vaccin contre la piroplasmose existe. Il ne protège pas à 100 % et ne couvre pas toutes les espèces du parasite, mais il réduit le risque de forme grave. Il ne remplace donc jamais l’antiparasitaire et l’inspection. Le protocole comprend deux injections à quelques semaines d’intervalle, puis des rappels réguliers. Son intérêt dépend beaucoup de la région où vous vivez et de l’exposition réelle du chien : parlez-en avec votre vétérinaire, idéalement avant le début de la saison à risque.

Les gestes simples sur le terrain

  • Privilégiez les chemins larges et dégagés aux sentiers envahis de hautes herbes, ce qui sert aussi la sécurité en cani-kart.
  • Évitez les pauses prolongées dans les hautes herbes ou les fougères.
  • Inspectez aussi les humains : certaines maladies transmises par les tiques concernent les deux.

Les autres maladies transmises par les tiques

La piroplasmose est la plus connue et la plus redoutée chez le chien en France, mais ce n’est pas la seule. Les tiques peuvent aussi transmettre la maladie de Lyme, l’anaplasmose ou l’ehrlichiose. Leurs symptômes sont souvent plus discrets : fatigue, fièvre, boiterie qui change de patte, douleurs articulaires. Chez un chien sportif, une baisse de forme inexpliquée ou une boiterie sans cause évidente doit donc aussi faire penser aux tiques, et pas seulement à une blessure. La prévention reste la même pour toutes ces maladies.

En résumé

Antiparasitaire à jour, inspection après chaque passage en forêt, attention portée à l’entrain du chien, et consultation au moindre doute : un chien protégé, inspecté et observé peut profiter pleinement de la belle saison du mushing sans neige. Pour compléter ces soins du quotidien, notre guide pour prendre soin d’un husky passe en revue l’entretien du pelage et la routine de santé d’un chien nordique. Et parce qu’une piroplasmose sévère peut entraîner des frais vétérinaires importants, il peut être utile de regarder ce que couvre une assurance pour chien avant d’en avoir besoin.